lundi 7 novembre 2016

LECTURE LORSQUE LE HAUT POTENTIEL EST REVELE - JUIN 2010

Extrait du livre de Jeanne SIAUD FACCHIN - L'enfant surdoué
La prise en charge

Commençons par une lapalissade : pour prendre correctement en charge un enfant surdoué, encore faut-il savoir qu’il s’agit d’un enfant surdoué.

Cette évidence n’est pourtant pas …. Evidente ! Combien d’enfants suivent des psychothérapies, sont suivis par des psychologues ou des pédopsychiatres, consultent dans des centres médico-psychologiques sans que ce diagnostic ne soit même suspecté ? Et combien d’errances diagnostiques, d'échecs  thérapeutiques, de découragements de l’enfant, des parents et même du thérapeute, l’ignorance du diagnostic entraîne-t-elle ?
La prise en charge d’un enfant surdoué sans que le diagnostic soit connu ne peut être que décevant et peu efficace. Même lorsque l’enfant surdoué souffre d’une pathologie classique de l’enfance ou de l’adolescence, les caractéristiques de son fonctionnement affectif et intellectuel marquent d’une empreinte spécifique ses difficultés et sa souffrance. L’ignorer conduit le thérapeute et l’enfant à passer à côté de tout un pan de la dynamique et de la compréhension des symptômes. L’aide mise en place ne sera jamais l’aide appropriée et nécessaire à cet enfant.
La méconnaissance du diagnostic peut entraîner des erreurs diagnostiques et des erreurs de prise en charge qui peuvent être lourdes de conséquences.
Plus grave, il arrive que l’enfant et la famille informent le thérapeute du diagnostic qui a été posé et que le thérapeute déboute cette information en considérant qu’elle n’a aucune incidence sur la prise en charge. D'accord, votre enfant est intelligent et alors ?

Début collège : les ennuis comment.
En 6ème, l’enfant malgré les changements d’organisation des cours par rapport au primaire, parvient encore à s’appuyer sur ses connaissances et sur son intelligence pour traverser l’année sans embûches majeures. L’attrait de la nouveauté le stimule. Il sort de la routine du primaire, il est curieux du fonctionnement du collège et ça l’amuse. Quelquefois, les  notes sont néanmoins un peu moins bonnes qu’en CM2 mais en général les parents mettent ç asur la compte du  changement de rythme et de l’adaptation nécessaire. Pour l’instant, tout va bien.
En 5ème, les plus chanceux, c’est-à-dire ceux qui avaient suffisamment de réserves et qui s’adaptent bien, continuent sur leur lancée. Mais en fin de 5ème, l’essoufflement commence toujours à se faire sentir.
4ème : l’année fatale
En 4ème, le séisme est brutal. Soudain, il est demandé à l’enfant d’utiliser ses stratégies d’élaboration et de réflexion pour produire son travail scolaire, les professeurs attendent de l’élève une activation des procédure de raisonnement normalement assimilées les années précédentes, l’exploitation des processus d’apprentissage antérieurs devient indispensable dans l’expression des connaissance… et c’est la catastrophe pour cet élève qui se retrouve complétement perdu, incapable de se raccrocher aux wagons. Lui qui n’a jamais appris à apprendre selon l’expression désormais consacrée est désemparé devant cette demande de l’école. Son intelligence ne suffit plus. Il est perdu et il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il n’avait jamais compris qu’il n’avait pas appris comme les autres puisque ça marchait, il ne savait pas qu’il lui manquait des outils pour réussir à l’école. Pour lui tout avait toujours été comme magique !

En 3ème : l’effondrement.
L’enfant s’enfonce dans ses difficultés et entre de plain-pied dans une spirale déchec qui l’aspire rapidement.
A ce stade, c’est pour l’enfant une blessure narcissique terrible. Habitué à comprendre, à savoir, l’enfant se sent soudain nul, incapable. Il a honte de ce qui se passe. Il peut manifester différents comportements qui peuvent aller au désintérêt et du désinvestissement  scolaire à des troubles psychologiques plus sérieux : repli, dépression, troubles du comportement. La possibilité pour cet enfant de réinvestir la scolarité va être difficile à négocier et à aménager.
La fin de la 3ème est aujoud’hui un tournant décisif. C’est l’aiguillage qui permet ou non la poursuite d’études générales. L’échec massif en fin de 3ème bloque toute possibilité ultérieure. L’aventure des études générales s’arrête là. Sans possibilité de retour en arrière – ou si peu.
                L’enjeu est primordial sur les plans psychologique et scolaire : l’échec scolaire des enfants
                surdoués est lourd de conséquences.
Je retrouve  bien mon fils dans cette description sauf que nous avons pu éviter son redoublement, une page est ensuite consacrée au redoublement catastrophique en 3ème, mais ce ne sera pas le cas.
Les risques de troubles pathologiques chez l’enfant
Les formes pathologiques à l’adolescence
A l’adolescence, les pathologies sont souvent plus bruyantes, plus spectaculaires et plu sévères. Tout en revêtant la forme de pathologies classiques, elles s’en distinguent toujours par des signes cliniques spécifiques.
Comme chez l’enfant, le diagnostic, le clinicien, la prise en charge sont remises en cause.
La décompensation psychologique  à l’adolescence est très différente chez un adolescent dont le diagnostic de surdoué est posé depuis plusieurs années et chez celui qui découvre sa particularité à la faveur de cette décompensation.
A l’adolescence, on retrouve les grands tableaux suivants :
-          La tendance antisociale et les conduites psychopathiques.
Elle signe chez le jeune surdoué la nécessité vitale de ne pas penser. L’agir, la mise en acte sont privilégiés en lieu et place de la pensée.
  
-          Les conduites addictives : drogue, alcool, ou les conduites à risques : vitesse excessive en voiture ou à moto, saut à l’élastique.
Ce type de conduite est une recherche pathologique de ses propres limites, des limites de son corps mais aussi des limites du contrôle et de la maîtrise que l’on peut avoir sur soi-même, sur sa vie et sur sa mort : jusqu’où suis-je capable d’aller, jusqu’où puis-je repousser mes limites ou même encore, dans un fantasme massif de toute-puissance : ai-je des limites ?
(Mon fils  m’a demandé hier si on pouvait faire un essai de conduite sur un parking désert !)
Ce type de conduite est une évasion pathologique. C’est une fuite dangereuse dans une autre réalité, moins douloureuse. C’est se réfugier dans un monde que l’on se créé et qui semble nous protéger d’un environnement hostile.
C’est une fuite de la pensée.
-          La dépression, dont les formes spécifiques sont aussi inquiétantes que résistantes. La dépression est la forme pathologique la plus fréquente.
Les formes pathologiques spécifiques de l’enfant surdoué
 Il ne s’agit pas de pathologies de l’enfant surdoué mais de formes spécifiques de pathologies classiques. Le mode d’apparition, la nature des troubles, l’évolution les distinguent du tableau auquel elles appartiennent.
Le type de tableau que présente l’adolescent surdoué comporte des caractéristiques qu’il est indispensable de reconnaître et contextualiser pour adapter la prise en charge.

L’inhibition  intellectuelle
L’inhibition intellectuelle est une pathologie des fonctions cognitives. Classiquement, l’inhibition intellectuelle est décrite comme une impossibilité à utiliser ses capacités intellectuelles. Les capacités existent mais son inutilisables en raison d’une perturbation psychologique. Les plus souvent, l’inhibition est réversible par une prise en charge adaptée.
L’inhibition intellectuelle de l’enfant surdoué est plus insidieuse.
Elle se développe à bas bruit pendant quelques années pour se cristalliser sérieusement à l’abord de l’adolescence. Il s’agit d’une inhibition massive des fonctions cognitives par autodesctruction. C’est ce qui la caractérise.

Habituellement, ce sont des causes inconscientes, indépendantes de la volonté, qui génèrent une inhibition intellectuelle. Chez l’enfant surdoué, c’est une décision, un choix, un impératif vital qui l’obligent à se saborder, à élaguer son intelligence. C’est une question de survie. Il n’a pas le choix ou plutôt se trouver confronté à un choix impossible : exploiter son intelligence au risque d’une exclusion définitive d’une agressivité massive ou s’inhiber, se restreindre voire éteindre tout forme d’expression intellectuelle pour tenter de se faire accepter.
L’inhibition intelellectuelle de l’enfant surdoué est comparable à une anorexie intellectuelle : il s’agit d’une attaque de soi, d’un retournement agressif contre soi-même. Nous sommes ici en présence d’un équivalent dépressif et suicidaire.
Il n’est pas rare que ce processus d’inhibition parvienne effectivement à détruire le potentiel de l’enfant. On ne retrouve plus les facultés exceptionnelles évaluées lorsqu’il était plus jeune. Poussée à l’extrême, l’inhibition intellectuelle permet à l’enfant de revêtir un masque de pseudo-débilité qui l’aide à passer inaperçu à se fondre dans la masse……………..
Cela ne semble pas correspondre à mon fils

La dépression
La dépression vide
La dépression de l’adolescent surdoué est une dépression du vide.  L’objectif : surtout ne plus penser. Surtout ne plus activer la machine à penser. Ce vide dépressif est un mécanisme de défense contre les pensées. Il n’est en rien un vide structurel tel qu’on le rencontre dans d’autres tableaux cliniques. Pour l’adolescent surdoué, penser est un équivalent symbolique de danger, de danger de mort. La peur de penser est intense.
Chez ces adolescents, aucune manifestation de tristesse, de douleur, de souffrance n’est ressentie, ni exprimée. Il n’existe plus aucune possibilité d’accéder au monde interne, au monde des émotions. Tout est veLecture après la découverte du haut potentiel - Juin 2009rrouillé, barricadé, cadenassé. Paradoxalement, le vide est très présent.
En consultation, l’adolescent inlassablement répond je ne sais pas ( mon fils tout craché) à toutes les questions qui lui sont posées. Il ne s’agit pas d’une manifestation d’opposition mais d’une réelle volonté de surtout ne plus rien savoir, ne plus réfléchir.   Les tentatives d’approche, d’aide, d’accompagnement se heurtent à un mur d’indifférence ou, au contraire, provoquent une colère incontrôlable et sur laquelle aucun argument raisonné n’a d’influence. Le refus de se livrer ou l’opposition franche à une sensation d’intrusion sont fréquents chez les adolescents déprimés mais ils prennent chez l’adolescent surdoué une tonalité dont l’étrangeté et la résistance ne peuvent tromper le clinicien averti.

La symptomatologie dépressive de l’adolescent surdoué
On retrouve dans la dépression de l’adolescent surdoué dépressif les symptômes habituels du tableau dépressifs de l’adolescence.
Mais, l’adolescent surdoué peut présenter un tableau polymorphe avec des épisodes successifs de modalités dépressives différentes. Par exemple, le même adolescent peut passer d’une phase d’anorexie avec tous les symptômes de l’anorexie, puis traverser une phase de troubles du comportement sévère, puis une période de repli sur soi complet avec un désinvestissement total de toute activité extérieure, puis encore présenter des insomnies rebelles…
Ce qui est étonnant, c’est que chacune de ces phases comporte toutes les caractéristiques de la pathologie que l’adolescent exprime, ce qui conduit à des erreurs qui occultent la valeur dépressive des symptômes et surtout leur sens dans la personnalité globale de l’enfant.
Autre caractéristique : il est classique qu’un adolescent dépressif désinvestisse l’école et la sphère intellectuelle en général. C’est d’ailleurs souvent le premier signe qui alerte l’entourage. Chez l’adolescent surdoué, l’école, le domaine intellectuel peuvent tout à fait être préservés et représenter le seul  iien qui les maintient à la vie.
A l’inverse des tableaux dépressifs classiques, le désinvestissement intellectuel est le dernier bastion qui lâche. Et, chez l’adolescent surdoué, quand le domaine intellectuel est abandonné, cela accentue très sérieusement le tableau dépressif.

La résistance thérapeutique
La dépression de l’adolescent surdoué est difficile à traiter.
Sur un plan médicamenteux, les échecs sont  fréquents. Les antidépresseurs on peu d’effets. Les raisons ne sont pas identifiées mais proviennent probablement des tableaux polymorphes et la labilité symptomatique : plusieurs symptômes qui se succèdent et qui changent rapidement de forme et de structure.
Sur le plan thérapeutique, les thérapies classiques sont rarement efficaces car elles ne prennent pas en compte les particularités du fonctionnement intellectuel et affectif de ces adolescents  La méconnaissance des tableaux cliniques de la dépression singulière de l’adolescent surdoué est en partie à l’origine de cette résistance thérapeutique. Le peu de succès thérapeutique est aussi précisément lié au mode de fonctionnement de cet adolescent. L’extrême lucidité et la perception fondamentalement désabusée de l’intérêt eu sens de la vie le bloquent dans une quelconque possibilité de projection dans l’avenir. Or, la redynamisation d’un projet de vie est l’axe sur lequel peut s’appuyer toute modalité thérapeutique.




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